Défendre nos droits n’est pas du lobbyisme : c’est ce qui garde notre démocratie en santé

Réplique au rapport de recherche de l’institut Cardus, publié dans le Journal de Montréal le 30 octobre 2026. Signé par plus de 1460 personnes, dont plus de 1000 organismes communautaires.

Dans sa chronique du 28 octobre, Mario Dumont encense un rapport de recherche d’Étienne-Alexandre Beauregard, produit par l’Institut Cardus, selon laquelle l’État québécois paie des groupes communautaires pour se faire critiquer. Au contraire, ce financement est l’une des meilleures décisions démocratiques du Québec.

Un choix lucide

En 2001, après une consultation ayant recueilli plus de 1 500 mémoires, le gouvernement péquiste a adopté une politique de reconnaissance de l’action communautaire. Il y reconnaissait leur rôle critique et créait un fonds distinct des ministères pour protéger leur indépendance. Un État qui veut garantir des droits doit accepter que la population s’organise pour lui rappeler ses obligations. Cardus traite ces groupes en lobbyistes : ce sont pourtant les porte-voix des communautés. Et la défense collective des droits ne se limite pas aux organismes financés par un programme spécifique : elle traverse l’ensemble de l’action communautaire autonome, des maisons de jeunes aux centres de femmes en passant par les groupes en santé mentale, qui accompagnent les personnes tout en portant leur voix.

Des gardiens des droits

Défendre des droits, c’est aider une locataire à comprendre ses recours avant une audience. C’est regrouper des personnes handicapées face à une administration qui les ignore, ou expliquer à une personne assistée sociale ce à quoi elle a droit. C’est aussi informer, mobiliser et porter leur voix jusqu’aux élus et élues.

Bien des droits aujourd’hui acquis ont d’abord été portés par ces groupes. On doit aux groupes de femmes l’équité salariale, la perception automatique des pensions alimentaires et les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. La Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale est issue d’une proposition citoyenne. En qualifiant ce financement de dérive, Cardus remet en cause l’apport de ces mouvements au progrès social.

Les droits n’ont pas de couleur politique

Les droits des personnes racisées, en situation de handicap ou aînées, des locataires et des consommateurs ne sont ni de gauche ni de droite : nos chartes les garantissent. L’État a la responsabilité de soutenir l’exercice des droits qu’il a lui-même reconnus.

Une démocratie forte finance ses contre-pouvoirs

Nous finançons le Protecteur du citoyen et la Commission des droits de la personne, qui interpellent l’État. Personne n’y voit du gaspillage : un pouvoir qui n’entend que des éloges décide moins bien. La population le comprend : selon un sondage de L’Observateur réalisé en juin, près de neuf personnes sur dix souhaitent une hausse du financement des organismes communautaires.

Or, Cardus propose d’interdire aux organismes subventionnés d’aller devant les tribunaux, de témoigner en commission parlementaire ou de faire des revendications publiques. La voix des personnes appauvries, handicapées ou migrantes dépendrait alors de la générosité des plus fortunés. L’espace public n’en serait pas plus neutre, seulement plus inégal.

Au gouvernement d’agir

Le gouvernement doit réaffirmer sa politique de 2001, bonifier le financement à la mission de des groupes qui se portent à la défense des droits de la population, et écarter toute mesure qui limiterait leur droit de s’exprimer, de témoigner ou de s’adresser aux tribunaux. Se taire ne serait pas rester neutre : nos plus grands progrès sociaux sont nés de la défense collective des droits.

 

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Signataires :

Tristan Ouimet Savard, co-coordonnateur du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA)

Sylvain Lafrenière, coordonnateur du Regroupement des organismes en défense collective des droits (RODCD)

Mercédez Roberge, coordonnatrice de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaire et bénévoles du Québec (TRPOCB)

Sophie Tétrault-Martel et Caroline Chartier, co-porte-paroles du mouvement Le communautaire à boutte

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