Lettre au Premier ministre : Le communautaire est au coeur d’un Québec fort et en santé

Lettre ouverte de Tristan Ouimet-Savard et Nadia Mohammed-Azizi, respectivement responsable des dossiers politiques et présidente du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA), publié dans La Presse le 22 octobre 2026.
Cette semaine, en pleine Semaine nationale de l’action communautaire autonome, le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) souffle ses 30 bougies. Trente ans de luttes, de solidarités et de victoires, portées par plus de 4500 organismes partout au Québec.
Il y a 25 ans, le gouvernement péquiste adoptait la Politique de reconnaissance et de soutien de l’action communautaire, avec la contribution du RQ-ACA à toutes les étapes de son élaboration. Elle reconnaît l’autonomie des organismes : ce sont eux qui déterminent leur mission, leurs orientations et leurs façons de faire. Votre arrivée au pouvoir est une occasion de revenir aux principes de cette politique. Nous espérons que votre gouvernement la fera respecter et appliquer dans tous ses ministères.
L’action communautaire autonome est une fierté québécoise et un modèle unique au monde. Maisons de jeunes, centres de femmes, comités logement, groupes de défense des droits : tous sont nés de la volonté de citoyennes et de citoyens qui ont décidé d’agir ensemble.
Les organismes d’action communautaire autonome répondent aux besoins de la population, mais ils jouent aussi un rôle politique : ils offrent des espaces de participation citoyenne, s’attaquent à la racine des problèmes, et sont la voix de celles et ceux qu’on n’entend pas. Ils sont un contre-pouvoir nécessaire à un État de droit en santé.
Transformer le Québec
Ce rôle a transformé le Québec. Des groupes de femmes ont ouvert les premières maisons d’hébergement, puis la marche Du pain et des roses a contribué à la loi sur l’équité salariale. La lutte des comités logement et de leurs regroupements ont contribué à la création du programme AccèsLogis : plus de 32 000 logements sociaux et communautaires construits. En 2020, des groupes de personnes proches aidantes obtenaient l’adoption unanime d’une loi pour les reconnaître et les soutenir.
La population le sait : 95 % des Québécoises et Québécois reconnaissent le rôle primordial des organismes dans leur communauté, et 52 % y ont fait appel ces cinq dernières années.
Mais 87 % s’inquiètent que le manque de ressources entraîne des ruptures de services et d’activités, et 88 % appuient une hausse du financement public (Sondage L’Observateur, juin 2026).
Sur le terrain, la détresse augmente. Des familles n’arrivent plus à se loger ou à se nourrir. Des personnes aînées ou immigrées sont laissées pour compte. Des jeunes sont en quête de repères. Les personnes marginalisées voient leurs droits reculer, pendant que les inégalités se creusent. Nos équipes forment souvent le dernier filet de sécurité. Pourtant, elles travaillent avec des miettes, sans pouvoir offrir des conditions de travail dignes.
Au printemps dernier, votre parti promettait d’« investir dans les organismes en milieu communautaire adéquatement afin qu’ils puissent remplir pleinement leur mission ». Le moment est venu de traduire ces paroles en actes : les besoins sont criants, l’investissement doit suivre.
Il y a 30 ans, nos groupes ont choisi d’agir ensemble, et chaque victoire depuis prouve la force de cette solidarité. Aujourd’hui, notre mouvement est plus uni et plus déterminé que jamais. Monsieur le premier ministre, donnons au Québec des organismes fiers, debout et financés à la hauteur de leur contribution au progrès social et économique.
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