Madame Fréchette, votre silence parle fort

Par Tristan Ouimet Savard, du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) et Mathieu Gélinas, co-porte-parole du mouvement Le communautaire à boutte. Publié le 8 juin 2026 dans le Journal de Montréal.
Il y a six semaines, des milliers d’organismes ont dit haut et fort ce que tout le monde savait tout bas : le communautaire est à boutte. À bout de ressources pour tenir le filet social. À bout de moyens pour accompagner les plus vulnérables à défendre leurs droits et combler leurs besoins de base. À bout de capacité à retenir des gens dévoués que des conditions indignes poussent, un à un, vers la sortie de secours.
Ce mouvement sans précédent a soulevé un élan de solidarité rare : dans la population, dans les médias, auprès du milieu municipal, de la philanthropie, et même auprès des partis politiques de toutes allégeances. Le 24 mars dernier, l’Assemblée nationale elle-même adoptait à l’unanimité une motion reconnaissant l’urgence d’agir.
Puis Christine Fréchette est devenue première ministre. Une rencontre a eu lieu avec son cabinet. Des échanges prometteurs. Une fenêtre entrouverte. De l’espoir. Des demandes simples, documentées et urgentes :
- Un fonds d’urgence de 360 M$
- Une indexation annuelle selon les coûts de fonctionnement
- Un plan de rattrapage financier visant à assurer la pérennité des organismes
Un mois plus tard : toujours rien. Aucune réponse, aucun engagement concret. Seulement un silence, un silence qui parle fort.
Pendant que le gouvernement multiplie les annonces et les dépenses à visées électoralistes, les besoins continuent de grandir. Et pourtant : rien pour le communautaire. Notre appel de détresse est complètement ignoré.
On nous parle du prochain Plan d’action gouvernemental en action communautaire (PAGAC), comme si cela était la seule solution possible. Le prochain PAGAC est nécessaire et important, mais il ne remplace pas les mesures d’urgence réclamées par le milieu.
Les organismes, faute de financement adéquat, ne peuvent répondre à l’ampleur des crises. Derrière les chiffres, les statistiques et les budgets, il y a des personnes bien réelles qui souffrent de la crise du logement, de l’insécurité alimentaire, de la détresse psychologique, de la pauvreté. Une voisine, une collègue, un frère, une amie, un fils. Et dans moins d’un mois, combien de personnes n’auront toujours pas trouvé de logement? Combien de familles seront forcées de se tourner vers des ressources déjà débordées? L’urgence est là.
« Nous devons mettre les moyens nécessaires quand la situation le requiert », affirmait Mme Fréchette il y a quelques jours. Nous sommes d’accord. Après une grève historique, pourquoi ce principe ne s’applique-t-il pas au milieu communautaire?
Des services arrêtent, des organismes ferment. La population a de moins en moins de voix au chapitre des décisions, leurs droits reculent, les inégalités sont en croissance. Mme Fréchette, si ce n’est pas une situation d’urgence, qu’est-ce qui le serait?
La société a besoin, plus que jamais, de la force transformatrice de l’action communautaire autonome pour que la suite du monde ne laisse personne derrière.
Madame la Première Ministre, il est minuit moins une pour vous démarquer de votre prédécesseur et faire une différence marquante pour les organismes communautaires et les gens qui les composent.
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