Le bilan faussé de la ministre Rouleau

Lettre ouverte de Tristan Ouimet-Savard et Nadia Mohammed-Azizi, respectivement responsable des dossiers politiques et présidente du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA), publié dans Le Nouvelliste le 20 août 2026.

Le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) est outré par la réponse de Mme Chantal Rouleau à l’énième appel au dialogue tendu par la porte-parole du mouvement Le communautaire à boutte dans ce journal. Dans sa réponse électoraliste, la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire se vante de son engagement envers le milieu depuis son entrée en poste. Mais sa réponse déforme les faits, enjolive les chiffres et omet des éléments majeurs dont le milieu communautaire fait les frais concrètement, au quotidien.

Permettez-nous de remettre les pendules à l’heure.

En quatre ans, la ministre a fait preuve de peu d’écoute, de manque de transparence et d’un entêtement à prendre de nombreuses décisions malgré les avis concertés du milieu communautaire autonome. Elle a aussi manqué à ses devoirs de protéger les organismes contre des projets de loi portant atteinte à leur autonomie, et face aux nombreux reculs qui ont eu lieu dans plusieurs secteurs et programmes de financement, notamment en santé et service sociaux, en environnement et en défense collective des droits, pour ne nommer que ceux-ci.

La ministre s’attarde sur l’idée que le RQ-ACA, qui représente démocratiquement les organismes communautaires autonomes, aurait entravé le début des travaux entourant le prochain Plan d’action gouvernemental en action communautaire (PAGAC) 2027-2032. Elle oublie par le fait même de mentionner le retard qu’elle a accusé à entamer ces travaux,  alors que les bilans et évaluations du plan d’action en cours ne sont même pas complétés. Pourtant, le prochain plan d’action est attendu avec impatience par le milieu communautaire pour formaliser l’engagement de l’État en structurant le financement et la reconnaissance des organismes.

En vérité, le 17 juin dernier, le RQ-ACA a refusé un format de lancement des travaux qui aurait contourné les mécanismes de représentation et de concertation du mouvement, et dilué la voix de ses membres dans une consultation mal préparée et précipitée en plein contexte électoral. Nous avons plutôt proposé un espace de travail permettant un véritable dialogue de fond, nous donnant les moyens de représenter adéquatement le milieu de l’action communautaire autonome. Cette distorsion des faits de la part de la ministre démontre à nouveau son manque de compréhension du milieu et de ses espaces de consultation démocratiques.

Rétablissons d’autres omissions ou faits erronés de la ministre Rouleau :

  • Seulement le quart des sommes annoncées en soutien à la mission globale des organismes – soit quelque 234 millions $ – se traduisent réellement en investissements supplémentaires récurrents, lesquels ont été distribués de façon inégale.
  • Le Fonds d’aide à l’action communautaire autonome a été fusionné avec un autre fonds malgré l’opposition formelle de 300 organismes, ce qui limite l’indépendance des groupes de défense collective des droits.
  • La Table nationale des partenaires de l’action communautaire, prévue au PAGAC actuel, n’a jamais été convoquée. Celle-ci devait assurer un espace de dialogue régulier entre les ministères et les regroupements communautaires.
  • Des fonds publics prévus au PAGAC ont transité par des fondations philanthropiques et des organismes non admissibles aux programmes de soutien communautaire sans cadre normatif, sans transparence, et malgré les objections répétées du milieu.

À deux mois seulement des élections provinciales et quatre mois après son entrée en poste, la Première ministre du Québec ne s’est toujours pas assise avec le milieu communautaire. Pourtant, des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs sont au front chaque jour, dans toutes les régions, pour améliorer les conditions de vie et défendre les droits des personnes les plus vulnérables face à une demande qui ne cesse de croître, et ce, avec des ressources exiguës et des rémunérations dérisoires.

Le milieu communautaire autonome est prêt et ouvert à travailler sérieusement et à bâtir le prochain PAGAC. Non pas dans l’urgence d’un calendrier électoral, mais dans le respect de nos structures démocratiques, afin de prendre le pouls d’un milieu collé au terrain, branché sur les besoins réels de la population et conscient des moyens concrets pour y répondre.

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